Chaque automne, des tonnes de feuilles mortes sont ramassées, mises en sacs et exportées hors des jardins. Cette pratique, longtemps considérée comme « propre » et esthétique, est aujourd’hui remise en question par de nombreuses études scientifiques et par les professionnels du paysage engagés dans une gestion durable des espaces verts. À Genève comme ailleurs, les feuilles mortes représentent une ressource précieuse, trop souvent traitée comme un déchet.
En tant qu’entreprise de paysagisme, notre rôle est d’accompagner nos clients vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement, tout en conservant des jardins fonctionnels, beaux et faciles à entretenir. Voici pourquoi ne pas exporter les feuilles mortes est un choix judicieux, et comment les utiliser intelligemment dans votre jardin.
Pourquoi exporter systématiquement les feuilles mortes est une mauvaise pratique
Dans la nature, les feuilles ne sont jamais « évacuées ». Elles tombent au sol, se décomposent lentement et participent au fonctionnement normal des écosystèmes. Les exporter systématiquement pose plusieurs problèmes :
Appauvrissement des sols : les feuilles contiennent des éléments nutritifs essentiels (carbone, azote, potassium, oligo-éléments) qui devraient retourner au sol.
Rupture du cycle naturel de la matière organique : en retirant cette biomasse, on oblige le sol à dépendre davantage d’apports extérieurs (engrais, terre végétale).
Impact environnemental du transport et du traitement : collecte, acheminement, compostage industriel ou incinération génèrent des émissions de CO₂ inutiles.
Coût économique : pour les particuliers, les copropriétés et les collectivités, l’exportation représente un coût de main-d’œuvre et de gestion des déchets.

Les publications de référence en écologie des sols et en gestion durable des espaces verts (INRAE, FAO, agences environnementales européennes et suisses) convergent sur un point : laisser la matière organique sur place est bénéfique à long terme.
Les bénéfices majeurs de la valorisation des feuilles mortes
1. Amélioration de la vie du sol et de sa fertilité
Les feuilles mortes se décomposent progressivement sous l’action des champignons, bactéries, vers de terre et micro-organismes du sol. Ce processus permet :
L’enrichissement en humus, indispensable à la structure du sol
Une meilleure rétention de l’eau, particulièrement utile lors des périodes de sécheresse
Une amélioration de la porosité et de l’aération des sols compactés
Un sol vivant est plus fertile, plus stable et nécessite moins d’interventions correctives.
2. Soutien direct à la biodiversité
Les feuilles mortes constituent un habitat essentiel pour de nombreuses espèces :
- Insectes auxiliaires (carabes, chrysopes, coléoptères)
- Microfaune du sol
- Hérissons, amphibiens et oiseaux qui y trouvent refuge et nourriture
Dans un contexte urbain comme celui de Genève, où les milieux naturels sont fragmentés, chaque jardin peut devenir un refuge écologique.
3. Réduction des déchets et des coûts d’entretien
Valoriser les feuilles sur place permet :
- De réduire significativement les volumes de déchets verts
- De limiter les allers-retours de collecte
- De diminuer les besoins en engrais, terreaux et paillages achetés
C’est une approche économiquement rationnelle autant qu’écologique.
4. Contribution à la résilience climatique et au stockage du carbone
Les feuilles mortes sont riches en carbone. En se transformant en humus, elles participent au stockage du carbone dans les sols, contribuant ainsi à la lutte contre le changement climatique. Elles protègent également le sol contre l’érosion, le gel hivernal et l’évaporation estivale.
Les utilisations pratiques des feuilles mortes dans le jardin
🍂 Paillage des massifs
Les feuilles mortes, entières ou légèrement broyées, constituent un excellent paillis naturel pour :
- Arbustes
- Haies
- Massifs de vivaces
- Sous la couronne des arbres
👉 Épaisseur recommandée : 5 à 10 cm.
🌱 Fabrication de terreau de feuilles
Le terreau de feuilles est un terreau issu uniquement de feuilles décomposées :
- Regrouper les feuilles (idéalement feuillus, éviter noyer et laurier en excès)
- Maintenir légèrement humide
- Laisser se décomposer 12 à 24 mois
Résultat : un amendement très fin, parfait pour améliorer les sols ou les plantations.
♻️ Compostage
Les feuilles sont riches en carbone et équilibrent parfaitement les déchets verts plus azotés (tontes, épluchures).
💡Astuce : broyer les feuilles accélère fortement la décomposition.
🦔 Création de zones refuges pour la faune
Un simple tas de feuilles dans un coin discret du jardin devient un abri hivernal pour de nombreux animaux utiles.
❄️ Protection hivernale des sols et des plantes
Les feuilles forment une couche isolante qui protège :
- Les racines du gel
- Les sols du battement de la pluie
- Les plantations sensibles en hiver
Conseils professionnels : bonnes pratiques et erreurs à éviter
Quand laisser les feuilles ?
Sous les arbres, haies et massifs
Dans les zones peu piétinées
En automne et en hiver
Quand les broyer ?
Sur les grandes surfaces
Pour accélérer la décomposition
Pour un rendu plus esthétique
Quand les retirer ?
Sur les pelouses (risque d’asphyxie)
En excès sur certaines plantes sensibles
En cas de maladies fongiques avérées
Esthétique et acceptation
Une gestion raisonnée peut être structurée et soignée : feuilles regroupées, zones définies, bordures nettes. Un jardin naturel n’est pas un jardin négligé.
Conclusion : vers une gestion plus intelligente des jardins
Ne pas exporter les feuilles mortes, c’est travailler avec la nature plutôt que contre elle. C’est préserver la fertilité des sols, soutenir la biodiversité locale, réduire les coûts et limiter l’impact environnemental de l’entretien des jardins.
À Genève, où les enjeux climatiques et écologiques sont de plus en plus présents, chaque geste compte. En tant que paysagistes, nous encourageons des pratiques durables, adaptées à chaque jardin, conciliant esthétique, fonctionnalité et respect du vivant.
Les feuilles mortes ne sont pas un déchet : ce sont une ressource précieuse.